—Es-tu bête! répliqua le commandant: le généralissime, vous devriez comprendre, il n'est pas là; il est au G.Q.G. derrière les arbres, derrière la maison; il ne nous voit pas. Moi, je ne peux pas vous perdre un instant de l'œil. Ah! bien, qu'est-ce que vous deviendriez, mes pauvres bougres!…

—Pardon, mon commandant, observa une petite, nommée Annette, en faisant le salut militaire, est-ce que le service d'espionnage est organisé?

—C'est indispensable, en effet, dit le commandant. Un homme de bonne volonté pour le service des renseignements?

Pas un des enfants ne bougea.

—Allons! dit le commandant, je comprends. D'ailleurs nous sommes trop peu nombreux. Alors, écoutez-moi! Je décide: le service en question est admirablement organisé. Je n'ai pas besoin de fournir les noms de nos agents; l'essentiel est qu'ils soient en contact avec mes supérieurs hiérarchiques et que je n'aie pas un empoté au poste téléphonique. Annette, mon enfant, empoigne-moi les récepteurs et ne les quitte plus!

Annette se mit aussitôt sur la tête une double tige de lierre disposée de manière à faire casque, et, à l'aide de deux feuilles, se boucha hermétiquement les oreilles.

—Et l'aviation?

—Regardez plutôt!

Max désignait un vol de martinets: cinquante appareils, pour le moins, filant vers l'Est à tire-d'aile, dans le jardin d'à côté.

—C'est magnifique! s'écria tout le bataillon.