Bob fit observer avec flegme:

—C'est un merle qui se transporte d'un jardin à un autre.

—Ho! ho! fit le commandant, voilà un homme qui commence à me courir sur l'haricot: «L'ennemi, il n'y en a pas… Les avions boches sont des merles… Les 420 sont une plaisanterie!…» On va te faire toucher tout ça d'un peu près… Écoutez-moi, mes amis: puisqu'un mauvais esprit a l'audace de mettre en doute l'existence même de l'ennemi, il est évident, n'est-ce pas, qu'il n'y a plus de jeu possible; je soumets aux voix la proposition suivante: il faut cesser le jeu, ou il faut que l'un de nous consente à faire l'ennemi.

Cesser le jeu? Tous ces enfants étaient déjà bien trop enflammés; la plupart ne croyaient même pas jouer.

—Cesser? dit l'un d'eux, mais c'est radicalement impossible.

—Alors, dit le commandant, un homme de bonne volonté pour faire le
Boche!

Silence absolu. Pas un geste.

—Il n'y a personne pour faire le Boche? Eh bien! mon vieux Bob, vous allez vous rendre là-bas derrière la plate-bande où il y a des choux gelés, et vous représenterez l'armée des Barbares.

Un murmure d'horreur parcourut la tranchée. Le môme Bob, à peine plus haut que l'un des choux derrière lesquels il allait se dissimuler, répondit:

—Ça colle.