—Oh! il n'y a pas de mal! Tu peux voir aussi bien que moi: on a tout nettoyé, tout arrangé.
On avait ordre de nous faire déjeuner, tous les deux, seuls, avant que la famille ne fût de retour. La Boscotte, en nous servant, nous regardait, avec des yeux stupéfaits, parce que nous ne nous informions de rien, nous d'ordinaire assez curieux, comme tous les enfants. Françoise, la cuisinière, elle-même, vint nous contempler un instant, les poings sur les hanches, comme si nous étions extrêmement intéressants. Puis, elle joignit les mains, leva les yeux, hocha la tête, avec une attitude lamentable, et se retira. Nous entendîmes qu'elle disait à la Boscotte par la porte entre-bâillée:
—Ils ne disent rien, mais ils n'en pensent pas moins…
Puis, tout à coup, parut, à la porte donnant sur le jardin, la tête hésitante de Valentine Pidoux. Les deux femmes, en l'apercevant, rentrèrent dans la salle à manger et se précipitèrent, chacune un doigt sur la bouche: «Chut!… Chut!…»
—Eh bien! quoi, fit Valentine, c'est-il que je dis quelque chose? C'est pas pour parler que je viens; mais, toute seule, à la maison, la peur me prend, c'est plus fort que moi…
—Allons, tais-toi, Valentine! C'est-il madame qui commande ici, oui ou non? T'as bien eu connaissance des ordres?
—Oui, j'ai eu connaissance des ordres, mais y a manière de parler: plus souvent que je me fais comprendre!…
Françoise ouvrit la porte; la Boscotte poussait Valentine qui ne pouvait contenir ses épanchements. Avant qu'elle fût dehors, elle dit, à mi-voix:
—C'est-il vrai qu'y en a plus d'un ici qui s'attendait à le voir rapporté en morceaux?
—Ce qu'y a de sûr, dit Françoise, c'est que la chouette avait chanté…