—Je change les noms et me promène à ma guise sur la carte de France, entendu. C'est bien dans une gentilhommière déjà construite au temps de Mansard et de Le Nôtre que j'arrivai, par une soirée d'août de... de quelle année?... Hé! hé! il s'en est bien écoulé plus de vingt depuis lors!...
»L'heureux mari vint me prendre à une petite gare au moyen d'une automobile, véhicule encore rare à l'époque, et en compagnie d'un parent à qui cette merveille appartenait. Je n'avais pas encore l'honneur de connaître madame des Gaudrées. Je l'aperçus de la grille du parc, avant que j'eusse mis pied à terre. Elle se promenait dans l'allée d'un parterre fleuri formant tapis devant la demeure, et elle tenait une haute canne à la main;
»—Ah! sapristoche! m'écriai-je.
»—Qu'as-tu? me demanda mon hôte.
»—Mais, mon vieux, ta femme est une beauté!
»J'entends encore mon ancien camarade ricaner, d'un air fat:
»—Croyais-tu, me dit-il, que j'avais épousé un laideron?
»—C'est bien pourtant ce que tu méritais!...
» Je vous ai dit que ce Gaudrées était laid et bête. Répondez-moi: croyez-vous que de tels hommes puissent être aimés?
—Heu... heu! fit M. Bernereau, j'en ai connu de ce calibre qui ont été cocufiés royalement. Le mari, entre autres, à qui votre histoire me faisait penser soudain, et dont j'aurai sans doute à vous entretenir prochainement.