—Avez-vous eu à ce propos, lui demanda Marthe, une explication avec votre mari?
—Une explication!... Je vais avant tout faire constater le flagrant délit, nous causerons après.
Je me frottai les mains lorsque Marthe me rapporta son entrevue; il n'était pas mauvais qu'Henriette fût piquée à ce point, et uniquement par l'adultère de son mari, puisque c'était par là qu'elle pourrait être débarrassée de lui. Cependant, Marthe hochait la tête.
La constatation du flagrant délit—- car Terrestre était encore en liberté—devant avoir lieu le lendemain, nous téléphonons à la pauvre Henriette, qui doit être dans tous ses états: «Eh bien, comment ça s'est-il passé?» Une voix, un peu sèche, nous répond: «Non, non, rien de fait: j'ai eu une explication!...» et la communication est coupée. Huit jours se passent sans qu'Henriette nous donne signe de vie. Apparemment, nos soins lui sont désormais superflus. Marthe lui écrit un mot gentil, complaisant, et elle reçoit en réponse le billet suivant:
«Ma chère amie, je vous remercie vivement de votre insistance à me servir. Je croyais vous avoir répondu par téléphone que j'avais eu une explication avec Étienne. Elle m'a suffi. Elle m'a suffi à me convaincre que mon pauvre mari était partout odieusement calomnié, et elle m'a appris à me méfier désormais des amis bavards, empressés à vous apprendre ce qu'on ne leur demande pas, bref aussi zélés à détruire les ménages qu'à les empêcher de se former. Henriette.»
[UNE MAISON COMME IL FAUT]
A Gilbert de Voisins.