Le fiancé, assis d'une manière correcte, solide gars musclé, emplissant bien son smoking, applaudissait où il fallait le faire, et ne disait rien, absolument rien, remarquablement rien.
«Bravo!» prononçait çà et là une voix plate; et l'aimable Lucy semblait retomber de quelque Olympe d'Offenbach et ne savoir plus où mettre le pied. Mais, à peine terminé son morceau, à la manière des artistes timides ou nerveux qui cherchent à éviter les commentaires difficiles, les compliments extorqués, elle parlait; elle-même annonçait le numéro suivant du programme et le paraphrasait déjà avant que l'on eût eu seulement le temps de respirer. Bousculant sa chère maman, elle chantait:
Dans un sommeil que berçait ton image,
Je rêvais le bonheur, ardent mira-a-a-ge...
—Qu'est-ce que c'est? murmuraient les ignorants.
Et madame Renaudière, l'accompagnatrice, les yeux fixés sur sa musique comme par des tentacules invisibles, jetait au public en mots roulés comme une boulette de papier légère:
—Après un rêve, de Gabriel Fauré.
Les regards de l'auditoire voyageaient des lèvres vibrantes de Lucy, à l'image entrevue du «rêve» ou bien à l'heureux fiancé en possession d'une future femme propre à emplir un vaste vaisseau de sons énamourés, de trémolos qui font fléchir les nerfs, autant qu'elle était apte à mimer les désespérances, le clapotis lacustre, les enchantements nocturnes, la fureur passionnée et la joviale ébriété.
Valentin ne soufflait mot; impassible, parfois blême, approuvant de la main, du buste ou du front, un peu pareil à un automate, on n'eût su dire s'il était ému ou furieux. C'était un de ces jeunes hommes d'aujourd'hui, athlète à l'attitude pacifique.
Tout le temps que dura la période des fiançailles, il ne se départit pas de sa réserve. Il voulait épouser Lucy: il devait se soumettre à un cérémonial. Eh bien, la cérémonie commençait; voilà tout.