Enfin, le pitoyable repas achevé, Monsieur et Madame étant passés au fumoir, les portes closes, le mari, qui semblait mûrir à part lui un projet, en exhala le préambule avec la première bouffée de son cigare.

—Ma chère amie, dit-il, j'ai beaucoup réfléchi... Nous nous embêtons...

—Royalement! dit Madame.

—Voilà un point où nous tombons d'accord. Eh bien! j'ai le bon espoir d'avoir découvert tout un terrain où nous pourrions nous supporter parfaitement...

—Je suis curieuse de le connaître.

—En voici, en deux traits, le dessin. Nous jouons franc jeu; nous ne mâchons pas les mots? C'est entendu. Notre situation devient critique; disons hardiment: intolérable. Or, moyennant un peu de bonne volonté de part et d'autre, il nous est possible de l'améliorer, laissez-moi dire; et plus encore, il nous est possible de la rendre quasi agréable!... Ah!... vous êtes sceptique?... Vous riez?... Allons! n'eussé-je abouti qu'à ce résultat!... Mais j'arrive au fait.

—Dépêchez, je vous prie, car le coiffeur m'attend à deux heures.

—Dieu me garde de faire attendre le coiffeur... Voici ce que je vous déclare, après mûre délibération: je ne m'oppose pas à ce que vous receviez ici monsieur de Jeanroy.

—Ce n'est pas malheureux! Et laissez-moi vous dire que vous y gagnez, car le choquant eût été qu'un homme de votre monde et de votre cercle se vît refuser libre entrée dans votre maison.

—Laissons de côté ce qui est choquant, ce qui ne l'est pas; j'y perds mon catéchisme. Je ne sais plus où un désordre moral se place, du moment que le seul et véritable scandale serait qu'un mari et une femme qui sont l'un à l'autre insupportables, en vinssent à déclarer: nous ne nous supportons pas!...