—Voilà ce dont je n'aurai pas la preuve. En tout cas, lui, il m'a caché la visite qu'il t'a faite; il avait sans doute un motif.

—Le motif qu'il avait devait être bien simple, ma chère Mathilde: ton mari s'inquiète à juste titre de l'agitation où il te voit. Il est venu m'en faire part. Il tient à la paix de son ménage. Il est désolé. Il est, au fond, furieux contre moi, ou du moins contre mon ménage qui est cause du désordre introduit dans le sien. Tu as le mari le plus désireux de tranquillité qui soit, Mathilde: de quoi te plains-tu?

—Il m'a caché la visite qu'il t'a faite; que ne me cache-t-il pas?

—Ton mari ne m'a même pas demandé le secret quant à la visite qu'il m'a faite. S'il ne t'a pas parlé de sa démarche, il est bien probable que c'est tout bonnement afin de conserver la paix durant son déjeuner. Peut-être n'avez-vous pas parlé de moi ce matin; et si vous aviez parlé de moi, tu aurais enfourché ton dada...

—«Mon dada!» Lucie, je t'interdis de plaisanter quand il s'agit de choses pareilles: tu me vois assez à plaindre, je suppose!

—Oui, ma pauvre Mathilde, je te plains de tout mon cœur.

—Ah! ce n'est pas malheureux!

—Dis donc, pendant que nous y sommes: tu as contracté complaisamment l'habitude de venir ici me consoler, sans doute parce que tu avais jugé que c'était moi qui étais à plaindre. Si c'est toi, à présent, veux-tu que nous changions de rôle? J'irai te voir à mon tour, quand mon avoué et les mille petits tracas que ma situation me cause m'en laisseront le loisir...

—Je crois comprendre que tu me mets à la porte?...

—Mais non, Mathilde! Je prends au sérieux tes malheurs, comme tu le désires; et je m'offre à te rendre ce que tu as fait pour moi.