—Mes enfants, dit-il, je serais bien fâché de vous empêcher d'aller sur l'eau, partez-y donc avec ce batelier qui me paraît un solide gaillard; je vous regarderai filer, vous ferai signe et m'en irai au Casino mettre cent sous sur le tapis.
Certaines occasions ont tant d'opportunité parfois qu'il en naît presque une gêne. Mais celles du genre de celle-ci, comme chacun a pu en être mille fois témoin, sont si naturelles, si coutumières malgré leurs apparences paradoxales, que ni madame Durosay ni Septime n'en furent le moins du monde incommodés. Ils sautèrent dans la barque garnie d'affreux coussins rouges, qui vacilla, les fit s'agripper aux genoux et aux bras, puis reprit son équilibre et fila, vite, tout d'un coup éloignée du rivage, par l'effort bien rythmé du rameur vigoureux.
—Au revoir! bon voyage!...
—À tout à l'heure!... Adieu! adieu!
La jeune femme et Septime se regardèrent durant que la barque filait.
—Où allons-nous; firent-ils, quand la barque fut presque au milieu du lac.
—À Bourdeaux, fit pour eux le batelier.
—À Bourdeaux, dit Septime, Lamartine habita; et il y a une grotte qui porte son nom, vous nous la ferez voir...
Le nom de Lamartine prononcé sur cette eau dormante où la barque glissait, apporta quelque chose d'indéfinissable et de doux à l'esprit. Madame Durosay ne le connaissait guère que pour avoir lu ou chanté le Lac, mais ce nom avait pris pour elle, comme pour beaucoup, le sens d'un appel au rêve mélancolique qui s'accommodait si bien des promenades en bateau. Et elle eût pu aisément s'attendrir et pleurer au souvenir de ce poète pour la seule pensée qu'il était poète et que l'heure présente était délicieuse. Elle tournait le dos au rameur et donnait librement la main à Septime. Ils ne dirent rien de quelques minutes; puis elle lui prononça tout bas:
—Vous êtes poète aussi, vous; cela se voit!