Ils pâlirent l'un et l'autre et tremblèrent également dans la main qu'il leur tendit en leur offrant galamment une place dans sa voiture.
Cet homme était-il la clarté? Était-il «demain»?
XXVI
M. Grandier prononça:
—Monsieur l'abbé est mort!
Il tenait un bougeoir à la main en disant ces mots et se trouvait sur le perron de la Villa Julie, les cheveux en désordre, énorme et cependant défait.
La jeune femme, Septime et M. Durosay que l'on avait cueilli en chemin, montaient les marches de pierre; ils eurent un instant de stupeur et se cramponnèrent tous à la rampe. M. Durosay fit: «Allons donc!» du ton presque que l'on dit: «la bonne blague!» L'annonce de la mort crée un si soudain revirement d'état d'esprit que l'on voit quelquefois, au choc brusque, au contraste inopiné, les personnes les plus touchées avoir un court sourire. Madame Durosay et Septime poussèrent une sorte de «ho!» qui leur dessécha subitement la gorge.
Après cela, on ne dit plus rien; tout le monde fut dans le vestibule et déposa comme à l'ordinaire et à leurs places respectives, cannes, chapeaux, ombrelles, mantilles et pardessus. Ils allaient à leurs petites choses coutumières, ayant des visages de cire où le nouvel état que cette mort allait créer lentement se gravait, mettait son temps à s'établir. Dans ce premier instant glacé, on pensa: demain, maison sens dessus dessous, formalités, lettres, puis cérémonie, prêtres, tentures noires, chants lugubres, transport, puis Néans! Ah! ce pauvre abbé! ce pauvre abbé!... Puis: Mais est-ce bien possible?... Et l'on espérait tout à coup, les esprits se faisant difficilement à l'idée de l'irréparable.
Et l'on s'affaissa dans le salon autour de l'unique bougie que tenait le docteur; les domestiques désorientés, épeurés, ne sachant plus s'il fallait allumer les lampes. Ce fut avec une bien réelle douleur que l'on commença doucement à dire:
—Mais voyons! comment c'est-il arrivé? Ah! mon Dieu! mon Dieu!