—Comment! mais quand ça? ce matin? mais alors que signifie cette promenade à nous trois organisée aussitôt après un coup pareil?... Mon mari n'a pas cru!...
Gabriel affirmait seulement par signes. Elle n'attendait même pas ses paroles:
—Ah! dit-elle, je comprends! je devine ce que vous a dit mon mari: il ne nous a soupçonnés ni l'un ni l'autre; il nous manifeste une confiance plus vive que jamais. Je reconnais bien là son caractère!
Il y eut un moment de silence.
—Et vous vous étonnez, dit-elle, que je m'humilie, que je me jette aux pieds d'une jeune fille! Moi, la femme d'un homme comme celui-là, et qui le trahis, et qui traîne son nom, son honneur, dans la bave des marchandes de cancans et des portières!... Mais je devrais me rouler par terre n'importe où, demander pardon aux pierres même à qui je dois faire honte... Ah! mon Dieu! mon Dieu! ayez pitié de moi!... Voyez, dit-elle, je n'entends plus sa voix, il nous a laissés, sûr de moi et de vous; il nous laisserait la nuit là, s'il croyait m'être agréable, et il ne douterait pas un seul instant que sa femme, que la mère de son enfant, ne soit digne de lui!... Mais qu'est-ce que vous m'avez donc fait, vous? Quel homme êtes-vous donc pour avoir fait de moi ce que je suis à présent, et que je ne vous maudisse pas et ne vous crache pas à la figure? Ah! mon ami, voyez-vous! il faut nous séparer! Ce que nous faisons là est hideux!
—Nous ne pouvons pas nous séparer: votre mari veut que l'éclat de son amitié pour moi étouffe les soupçons qui ont pu naître... Ne vous dois-je pas au moins à vous, de me soumettre à ce désir?
—Mais c'est épouvantable! c'est inouï! C'est vrai, ce que vous dites là? Mais non, voyons! avouez que vous vous moquez de moi, que vous mentez, avouez donc que vous êtes fou!
Elle se tordait les mains. L'agitation de la journée et l'annonce de cette nouvelle calamité lui donnaient la fièvre. Gabriel s'efforçait de l'empêcher de parler tout haut, car elle s'oubliait complètement, et si l'obscurité épaisse était favorable à dissimuler ses mouvements, le silence de la nuit pouvait la trahir. Il lui mettait les mains sur la bouche, il la suppliait de se calmer.
—Je suis perdue, dit-elle, à quoi bon prendre des ménagements désormais? Je n'oserai plus me retrouver en face de mon mari. J'aime mieux qu'il me voie et qu'il m'entende! Ne vaut-il pas mieux qu'il sache la vérité? Lui! lui! l'honneur, la probité, la noblesse mêmes! le tromper, lui mentir ignoblement, goujatement!... Pouah! je me fais horreur! j'ai peur de moi!
Elle reprit sa respiration, puis elle dit: