—Oui.

Quant à savoir qui Solweg aimait, ce ne fut pas long dès lors à découvrir.

Mme de Chandoyseau demeura atterrée. D'abord parce que rien au monde ne pouvait la vexer davantage que de n'avoir pas soupçonné la secrète passion de la jeune fille. En second lieu parce qu'elle comprit la sottise colossale qu'elle avait commise en s'acharnant à détruire la réputation du jeune homme, qui, à tout bien considérer, eût été un parti excellent pour Solweg. Tel avait été son «art de prévoir et de deviner».

Sans doute, elle avait songé à Dompierre pour Solweg dès la première semaine, comme cela fût arrivé au premier venu qui voit en présence un jeune homme et une jeune fille; elle les avait même fait danser ensemble. Mais elle n'avait même pas su s'employer à vaincre la réserve du jeune homme, ce qui eût été de la bonne diplomatie: et, au fond, la guerre qu'elle lui avait déclarée venait plutôt de la jalousie qu'elle avait elle-même pour sa maîtresse que de la froideur qu'il avait manifestée pour Solweg.

Devant l'impossibilité de réparer ce qu'elle avait fait, elle avait tenté de détourner Solweg de son idée.

—Mais, ma pauvre enfant, tu ne sais pas, il faut te dire... Ce jeune homme a une conduite scandaleuse: il a une maîtresse...

—Je le sais.

—Ah! Eh bien! tu connais toi-même cette Carlotta?

—Ce n'est pas Carlotta.

—Comment! Mais alors tu sais tout! Ah! mon Dieu!