—Tout seuls, avec les jardiniers.
On battit des mains, ce fut un vrai bonheur pour tout le monde de profiter d'un avantage exceptionnel.
À l'heure du coucher des oiseaux, l'air fut déchiré d'un grand vacarme, et l'on vit passer les paons qui rentraient.
Puis vint la promenade à la nuit tombante que hâte l'ombre des arbres séculaires. Dans le demi-jour, on marchait sur la couche profonde des feuilles sèches. Elles étaient en si grande abondance dans certaines allées que les pieds enfonçaient très avant et sentaient les arrière-couches déjà fermentées. Une odeur fauve s'en dégageait. À la moindre brise venue du lac, les feuilles tombaient en neige d'or voletante qui s'attachait aux chapeaux des femmes, ou se plaquait sur les corsages et jusque sur les joues en donnant la sensation d'un baiser froid, furtif et faisant presque peur. Mais, ça et là, une grande trouée s'ouvrait dans le ciel rouge du couchant, et la braise ardente des feuillages frappée par cet incendie réchauffait soudain, ranimait, faisait rire quelqu'un sans qu'il sût pourquoi.
On joua à cache-cache. On se perdit.
Gabriel se trouva vis-à-vis de Luisa au hasard du jeu. C'était dans la proximité du palais. Il l'empoigna par la main sans lui rien dire et l'entraîna. Ils parcoururent toute une allée sans prononcer une parole. L'ombre était déjà partout épaisse. Il souleva le lierre, poussa la porte de la chambre des fleurs sans rencontrer de résistance. Ils n'entendaient l'un et l'autre que leurs souffles très émus, et au loin, dans le parc immense, les longs cris du jeu. Gabriel verrouilla la porte sans quitter la main de Luisa:
—Ah! je t'ai! dit-il, en la baisant comme une bête vorace.
Elle était hébétée, folle, absente. Elle ne songea qu'à dire:
—Prends garde! je suis pleine de feuilles.
Mais il mordait à même le corsage, les feuilles rouillées et humides, au petit goût fadasse et corrompu de chose morte.