Quelqu'un ajouta:

—Ça devait arriver.

Carlotta était couchée sur le sable. Ses cheveux avaient été défaits dans une lutte corps à corps où elle avait dû se défendre désespérément; une blessure à la tempe rougissait cette toison noire magnifique, presque à l'endroit où elle avait coutume d'y piquer des roses pourpre; sa bouche était entr'ouverte; on apercevait l'arc d'ivoire de ses dents. On avait déchiré son corsage dans l'espoir qu'elle respirât encore, et sa pure poitrine de déesse et de vierge demeurait immobile comme un marbre. On la recouvrit. Sa figure gardait, comme aux jours de son court bonheur, la sérénité puérile ou divine des chefs-d'œuvre antiques. Avec sa lèvre relevée et ses bras demi-nus écartés en croix, elle n'était pas différente de ce qu'elle était dans sa barque, lorsqu'élargissant les bras pour saisir les avirons, elle commençait de chanter.

Les amis arrivèrent, ayant cessé le jeu en entendant les cris. Mme Belvidera s'était jointe à eux; et les femmes des jardiniers étaient également descendues.

Tons vinrent grossir le groupe des hommes muets penchés sur le cadavre de la marchande de fleurs. Il se fit un léger remuement. De petites réflexions étaient étouffées dans les gorges crispées par le saisissement. Cela faisait des espèces de gloussements, émouvant langage d'une terreur unanime.

Puis les femmes de l'île s'agenouillèrent une à une. Une vieille qui était courbée en deux prononça ces seuls mots:

—Sa mère! sa pauvre mère! qu'est-ce qu'elle va dire?

Alors toutes les femmes se mirent à pleurer.

Un de ces hommes rudes, en contemplant l'admirable morte, brandit le poing avec indignation:

—Quel malheur! dit-il.