—Il est temps de partir, dit Dompierre.

—Oui.

—Quand?

—Quand vous voudrez.

—Ce soir.

—Voulez-vous vous charger de prévenir à l'hôtel?

Gabriel descendit et donna des ordres au bureau. Ensuite, il regarda successivement sa montre, une horloge, une autre horloge et puis sa montre encore, dans l'espoir de trouver le temps plus avancé qu'il ne l'avait cru tout d'abord. Les pensionnaires étaient clairsemés, les corridors reprenaient le calme des mortes-saisons; à chaque passage du bateau l'hôtel se dépeuplait davantage.

Une pluie fine bruinait au dehors; il resta quelques minutes contre la vitre d'une porte-fenêtre, en face de l'immense tristesse qui avait envahi le paysage. Le lac était à demi voilé, les îles invisibles. Gabriel noyait sa pensée dans le deuil de la nature; et le vent qui chassait la pluie en nuages grisâtres rasant la surface de l'eau, semblait promener sur cette désolation les formes mêmes de sa mélancolie.

Il ouvrit machinalement la porte du salon de lecture et eut un mouvement de surprise en y trouvant Solweg. Il avait tant souffert depuis la veille que le souvenir de la scène muette qui s'était passée entre la jeune fille et lui, lui avait échappé. Il avait oublié jusqu'à cette vivante tendresse dont le contact lui avait été cependant comme un pansement frais sur une blessure. Il l'éprouva de nouveau en recevant le premier regard qu'elle lui donna.

—Ah! fit-il, mademoiselle, comment allez-vous?