Cependant elle avait naturellement de l'ordre dans l'esprit; elle revint au sujet, mais non pour le traiter posément, hélas!

—Voulez-vous savoir pourquoi elle n'est pas capable de prendre soin d'un enfant? le voulez-vous?

Il haussa les épaules.

—Je me suis rarement trompée, toutes les fois qu'il s'est agi de juger une femme, et j'ai pour cela un pronostic. Eh bien! votre femme a gardé pendant quinze jours, quinze grands jours, sur sa robe de tarlatane… là, là, en plein sur l'estomac… une tache! Ça crevait les yeux… Ça n'est rien, je le sais, ça n'est rien! Mais une femme qui a gardé pendant quinze jours une tache là n'ira jamais voir si votre enfant a changé de chemise ou pris son bain de pieds.

Mon père trépignait; il claquait des doigts; il voulait fuir, et il voulait rester aussi pour confondre l'audace de sa belle-mère.

Il saisit un argument qui était d'usage courant dans la famille:

—Parlons de savoir élever les enfants! quand votre grand dadais de fils, à quarante ans sonnés, végète encore à Paris et n'est pas fichu de gagner sa vie!

Le fils «qui ne gagnait pas sa vie» était la tache de ma grand'mère. Il n'était point en son pouvoir de la nettoyer. On la lui avait si souvent reprochée qu'elle la voyait en effet sur elle-même, et elle s'humiliait, à chaque fois, comme sous une peine originelle, inexplicable, mystérieuse et, à cause de cela, respectée.

Le grand-père s'était levé; il époussetait, à coups de chiquenaude, les revers de sa redingote, où tombait de ses cheveux blancs une neige légère, et il disait tantôt: «Nadaud!» et tantôt: «Célina!» en s'adressant à son gendre ou à sa femme, comme il l'eût fait à de petits chiens qui vont déchiqueter, en jouant avec trop d'entrain, le tapis de la table.

Mon père s'écria: