Une autre fois, en faisant le feu dans le cabinet, elle causait des bruits de la ville. Il n'était question que d'une fête magnifique que les Plancoulaine devaient donner à carnaval. Mon père froissait le journal et n'avait pas l'air d'écouter la vieille. Elle fourrageait les copeaux, les rondins, les pommes de pin, sa main décharnée à même la flamme, et j'admirais qu'elle ne se brûlât pas. Elle dit tout à coup:
—Qui donc qui aurait cru que monsieur serait si vindicatif?…
Mon père la regarda.
—Oh! monsieur me comprend bien! Mais, là, c'est-il Dieu possible d'en vouloir si longtemps aux personnes?
—A quelles personnes?
Elle poussa un gros soupir, puis confessa:
—C'est ce pauvre Paletot qui aurait tant de plaisir à revoir sa sœur!
—Fichez-moi le camp! dit mon père, et taisez-vous!… ou j'envoie Paletot à la rivière…
Son journal à la main, il chassait devant lui la mère Fouillette, comme une fumée.