—Oui, je sais, dit mon père; il paraît que votre confrère…

—J'étais moi-même, interrompit-il, au chevet de madame Colivaut depuis dix heures du matin. J'ai cru que la vénérable dame tomberait avant son second arbre. La chute de la branche du marronnier au milieu de la foule, les querelles de la rue, les accidents dont elle a été témoin derrière sa persienne, je ne crains pas de l'affirmer, sont pour elle un coup mortel.

—Vraiment?

—Elle ne s'en relèvera pas.

—Tenait-elle donc tant à ses arbres? Elle ne parlait que de les jeter bas elle-même pour les remplacer par son pavillon.

—Elle ne mesurait peut-être pas toute l'étendue de son attachement à ces arbres sous lesquels elle est née. Quand elle a vu l'un d'eux fendu par moitié, elle a éprouvé un saisissement… Mais il n'y a pas que le chagrin qui tue…

On interrogea des yeux le docteur Troufleau.

—Je crois, poursuivit-il, que l'animosité de madame Colivaut pour monsieur Fesquet égalait l'attachement qu'elle pouvait porter à ses arbres!

—Eh bien? fit mon père.

—Eh bien! on la tient au lit, de peur qu'elle ne voie la maison qui abrite monsieur Fesquet endommagée comme elle est…