—Vous n'ignorez pas, monsieur le curé, qui a acheté la maison Colivaut?
—Certes non!
—Qui habitera la maison Colivaut, aussitôt le décès de la vieille dame; qui tient essentiellement à la belle terrasse, aux ombrages?
—Je comprends, dit le prêtre, un ami du docteur Troufleau, monsieur Nadaud.
—Mieux que cela: une amie!… Madame Nad…!
M. le curé toussa, se moucha bruyamment, battit l'air de la main, entre la jeune fille et moi, comme pour créer une cloison, afin que je n'entendisse point. Je taillais profondément mes encoches. Mon occupation et mon âge faisaient entre eux et moi une séparation suffisante.
Puis le curé prit la défense du docteur Troufleau, qui, pour être malheureusement imprégné de principes matérialistes, n'en demeurait pas moins un fort honnête garçon, plein de valeur. Il avait connu ses parents, de simples cultivateurs d'un canton voisin qui avaient jeûné vingt ans pour permettre à leur fils de s'élever au-dessus de leur condition. Loin d'être un «mirliflore» ou un libertin capable de sacrifier l'honneur d'une femme à son plaisir, le docteur avait des sentiments si honnêtes que…
—Que…? dit Marguerite.
—Que, ma foi! je n'hésiterais pas à le recommander à la jeune fille que j'estime le plus.
—… Que vous estimez autant que moi, monsieur le curé…