Madame Capdevielle vint nous rendre une de ces visites; mais elle vint seule, ce qui était assez significatif, car elle se séparait rarement de sa gentille marmaille. Elle était ronde en ses façons comme en ses entournures; on la savait une femme fort estimable. Petite-maman ne put contenir tout à fait devant elle l'amertume qu'elle éprouvait de l'abandon de ses anciennes amies. Madame Capdevielle fut compatissante, mais prudente davantage, et se garda bien de répartir les responsabilités; cependant elle risqua, paraît-il, une phrase ambiguë où il y avait à entendre «que l'on a souvent grand tort de s'en prendre de ses malheurs à tel ou tel, alors que la véritable cause est la personne que l'on soupçonne le moins, que dis-je? celle qu'on chérit le plus…»

—Que voulez-vous dire, madame?

—Oh! mais, je ne veux rien dire du tout; je parle de généralités…

—Expliquez-vous, madame, je vous en prie!

Madame Capdevielle se leva:

—Allons, ma mignonne, calmez-vous! Je serais vraiment désolée d'avoir semé en vous un sujet d'inquiétude… Ce serait bien par mégarde, je vous prie de le croire. Calmez-vous. Tout s'arrangera. Adieu, adieu!

Et sur le pas de la porte, elle dit:

—Vous êtes toujours jolie!… trop…

La pauvre jeune femme demeura très tourmentée par les paroles de madame Capdevielle. Elle confia la chose à son mari qui lui dit:

—Il y a du commérage, là-dessous.