Le docteur vint le soir. Mon père et sa femme étaient agités; ils avaient lieu de craindre que la calomnie eût effrayé le jeune homme et qu'ils fussent menacés de perdre encore un ami.
Le docteur avait l'air plus défait qu'eux-mêmes. Son éternelle redingote et son éternel chapeau haut de forme donnaient au moindre de ses gestes un air d'apparat et de gravité; il conduisait un deuil, sans répit. Il avait une assez jolie figure douce, avec une barbe fine et frisée; mais il était trop court de taille.
Il s'assit.
Mon père lui dit:
—Mon cher docteur, si c'est par délicatesse que vous avez cru devoir vous éloigner de nous, j'entends vous rendre, de ma propre autorité, les coudées libres: ni ma femme, ni moi ne craignons les bruits absurdes que vous avez dû entendre comme nous; c'est pourquoi ne vous voyant plus venir, je n'ai pas hésité à aller moi-même vous chercher.
—Je ne vous comprends pas, mon cher Nadaud, dit le docteur.
—Si fait! parbleu! Je vous autorise à me comprendre! Il y a assez de loyauté entre vous, ma femme et moi, pour que nous jouions cartes sur table: appelons un chat un chat, et un bruit infâme une infamie!…
—Mais, dit le docteur, je vous répète, mon cher ami, que je ne vous comprends pas; je tombe des nues… Je ne sais rien, je n'ai entendu aucun bruit; voici trois jours que je passe au milieu d'émotions intimes qui ont suffi amplement à m'occuper, jointes à mes visites…
Mon père et sa femme furent rassérénés tout à coup. Son absence n'était donc pas due au motif qu'ils avaient redouté.
Le pauvre docteur ôta ses gants; puis il les malaxa, puis il s'en fouetta la cuisse.