—Ne le faites pas! lui dit mon père; on supposerait que c'est moi qui vous ai mis à la porte, ce qui donnerait aux racontars un corps inattaquable.

—C'est juste. Je reviendrai, je vous le promets…

—Merci. Et moi, je vous promets de tirer de Clérambourg les détails qui vous intéressent.

—Maigre consolation, hélas! de savoir pourquoi le bonheur vous est refusé… Cependant… si l'objection reposait par hasard sur mon âge, sur l'âge de mademoiselle Charmaison, sur ma situation provinciale, que sais-je… enfin, dites bien que je ferais tout, que j'attendrais cinq ans, dix même, et davantage!… que mes maîtres me créeraient une situation à Paris… Tout! tout! vous dis-je!

Oh! comme ce garçon aimait Marguerite!

Je crois que mon père en fut touché et qu'il osa ce soir-là affronter le tombeau vivant qu'était M. Clérambourg. Mais le tombeau ne livra pas son secret, car, le lendemain, le mutisme extraordinaire de M. Clérambourg était devenu le sujet de préoccupation à la maison, et faisait presque oublier à mon père et à sa femme celui de la veille. Ils ne s'en cachèrent pas devant moi. Mon père disait:

—Clérambourg a tort, franchement, il a tort: c'est à laisser croire qu'il y a dans le passé de ce pauvre Troufleau ou dans sa famille…

—Oh!

—Mais, dame! Il est à supposer que Charmaison a dit quelque chose. On ne dit pas «non» à une demande en mariage comme à un marchand de pacotille qui passe sous la fenêtre; on dit quelque chose. Charmaison a dit quelque chose à Clérambourg. Ou, s'il n'a rien dit à Clérambourg, c'est qu'il s'agissait de quelque chose que Clérambourg ne devait pas entendre.

—Que veux-tu dire?