—Coqueugniot, qu'est-ce que c'est, un poète?

—Ah! voilà! fit Coqueugniot.

Il regarda la statue; mais ce fut tout ce que je pus tirer de lui là-dessus. Il ajouta aussitôt:

—Mais l'important c'est que tous, tant que nous sommes, allons puiser de l'eau à cette fontaine qui a quatre-vingts chances sur cent d'être contaminée.

—Ah!

—Mais certainement! Songez un peu que les infiltrations! etc.

Le voilà parti. Jusqu'à l'arrivée au presbytère, il m'initie aux tortueux secrets du tube digestif.

Avec M. le curé, tout change. Que la physiologie le possédait donc peu! Il ignorait son corps, réduit à l'apparence d'une carcasse d'oiseau que couvre un maigre plumage. Par l'hostilité municipale, sa vieille maison croulait; il fuyait de pièce en pièce les courants d'air, la chute des plâtras et des chevrons. Quand j'arrivais, il faisait faire une flambée de sarments qui dégourdissait l'air de la chambre glaciale; car, pour lui, il ne se chauffait pas: insensibilité peut-être, pauvreté à coup sûr. Et pendant que sa servante, accroupie, frottait des allumettes innombrables sur la pierre humide, M. le curé allait prendre un petit livre de latin: l'Epitome historiæ sacræ, et la grammaire, et il me disait:

—Mon enfant, souvenons-nous que nous n'apprenons pas le latin pour le plaisir de décliner rosa, la rose, ou pour conjuguer des verbes irréguliers et briller aux examens, mais pour pénétrer par le moyen de cette langue, non pas «morte», mais «immortelle», dans une région dangereuse à la vérité, mais magnifique et qui demeure inconnue de la plupart des hommes: je veux parler de la pensée humaine.

Il me montrait de misérables rayons où étaient rangés les auteurs anciens, et il me disait: