FRÈRE JÉRÔME

Je vins à m'informer du gouvernement de la ville. On me répondit qu'il n'y en avait point.

—Ah! fis-je; j'aurais dû m'en douter par ce que j'ai vu déjà. Mais j'aperçois d'ici un Hôtel de Ville magnifique, et le renom du Conseil de Bade est venu jusqu'à moi…

—C'est bien possible; il en était ainsi, en effet, mais Frère Jérôme a changé tout cela.

—Ah! çà, vous n'avez à la bouche que le nom de ce Frère Jérôme; je suis curieux de savoir qui il est.

—Il prêche la Vérité.

—C'est quelque fou, prononçai-je en manière de confidence personnelle. Et, comme c'était le dimanche, je poursuivis mon chemin pour aller à la messe. On m'informa qu'il n'y avait point de messe.

—Bah! vous voulez rire! et il serait plaisant à un secrétaire apostolique de n'aller pas à l'office un dimanche, et si près du saint Concile!

—Il n'est pas si ridicule que nous n'allions point où ne nous portent pas nos sentiments véritables; et vous-même, monsieur, qui avez passé la nuit dans les orgies, fourniriez plus de matière à plaisanter en allant ce matin embrasser les autels. Pour ce qui est du saint Concile, Frère Jérôme en a fait plusieurs gorges chaudes.

—Ce sont autant d'actions téméraires!… Ainsi ce Frère Jérôme vous a couché par terre votre église et votre gouvernement, et c'est aussi à lui sans doute que je dois de n'avoir pu joindre monsieur le lieutenant de la police. Qu'a-t-il donc laissé debout?