— Mais c’est très bien, mademoiselle!

— L’allée? la pelouse? les fontaines? l’espalier? les pêches?…

— Les vers d’Alcindor.

— Ah! fit-elle en sautant plus haut que les genoux de M. de Fontcombes.

— C’est la première fois, dit celui-ci, que je remarque qu’un poète vivant…

— Mais, ils ont tous été vivants, monsieur, vos poètes, vos grands maîtres, vos Anciens et vos Modernes! Je pense qu’ils n’ont pas composé leurs ouvrages dans le royaume des Ombres! Et vous eussiez attendu que celui-ci eût passé le Styx pour admirer ses vers! Vous vous moquiez de moi, avouez-le?

— Non pas, mademoiselle, mais il arrive aux femmes…

— De se tromper par amour, n’est-ce pas? Mais l’amour est aussi ce qui éclaire et illumine, ce qui fixe notre attention sur un point que nous n’eussions, sans cela, qu’effleuré. Et je me méfie de votre raison sèche pour admirer bien : il y faut notre cœur, monsieur, et tous nos sens désordonnés, s’il vous plaît, pour mordre à même ces fruits et en extraire tout le suc, alors que vous ne voyez, en passant, qu’une tache intéressante…

Et elle mordait un abricot tombé à terre, et elle montrait à son compagnon la pulpe tranchée du fruit où les dents laissaient leur marque régulière et par où s’égouttait le jus succulent.

— Souventes fois, vous errez, vous autres femmes, dit M. de Fontcombes ; mais il est vraisemblable que sans votre ardeur goulue mille choses manqueraient d’être révélées.