La troupe myrmidonesque nous fait, du haut de la Tour, des signaux incompréhensibles. Un de ses sujets — en qui je crois reconnaître le Fantoche, qui prit l’initiative de l’éperdue et chevaleresque ascension, — monté sur l’échauguette, semble annoncer, urbi et orbi, quelque inédite fanfaronade. Je dis à Pomme-d’Api : « Il va, pour vos beaux yeux, se jeter sur le sol! » Le cœur de Pomme-d’Api ne bat pas.
Le Fantoche en effet se jette sur le sol. On entend sa carcasse s’aplatir comme un sac de noix sèches ; ses membres sont épars : il est détruit. Le cœur de Pomme-d’Api ne bat pas.
« Cependant, je me garde de perdre de vue notre rôdeur terre-à-terre. Celui-là, certes, ne compromettra pas ses jours, mais j’ai idée que, par quelque coup de traîtrise, il raccourcirait volontiers les nôtres à seule fin d’engrosser sa bourse ; il nous encercle ; il se rapproche ; son œil, voilé sous d’épais sourcils, et noir comme la nuit, jette ses feux par intermittence, et sur la qualité de ses gestes plus proches de ceux d’un gibier de potence que d’un gentilhomme, je ne saurais, de par le diable, me prononcer.
« Du haut de la Tour, un second, puis un troisième paladin a suivi le chemin des airs trahi désormais par les maléfices, et s’est venu convertir en échardes sur le parapet de la douve, comme un pignon décroché par le vent de galerne.
« Le cœur de Pomme-d’Api ne bat pas.
« Tout à coup, et dans le temps que la troupe, là-haut, penchée aux créneaux, commente la fin déplorable des téméraires amants — et peut-être songe à descendre en masse par l’escalier? — entre mon index et mon pouce, une soudaine palpitation me surprend. Quoi! Pomme-d’Api s’émeut-elle? Brusquement je la sens se soustraire à mon auscultation, glisser de mon genou, disparaître dans l’ombre… Court-elle, prise d’une pitié soudaine, au secours de ses héroïques et infortunés soupirants? Montera-t-elle, par l’escalier de la Tour, conjurer les survivants de s’épargner pour elle, ou se donner enfin à eux, confusément, en récompense de leurs vaillantes prouesses?…
« Je me précipite à sa recherche. Un bruit de baisers, un nom prononcé m’arrêtent. Quel baiser! et quel nom!… La lune me favorise. Je vois…! Ah! ciel! ma filleule, épargnez-moi la gêne de vous dire ce que je vois!…
— Mais quel nom, du moins, entendîtes-vous, mon parrain?
— Karagheuze!…
— Oh!