—Que vous êtes nerveuse!

Il eût pu m'attraper, à présent! cela m'eût été bien égal; j'étais soulagée, tranquillisée. Et je pensais que le médecin de campagne, là-bas, tel que je l'avais vu, n'eût pas été homme à se prononcer si catégoriquement, et nous eût fait languir d'inquiétude. Nous voulons tout de suite savoir. Au fond, nous pensons beaucoup à nous-mêmes jusque dans les tourments que nous causent les malades les plus chers.

En reconduisant le docteur, je trouvai la porte ouverte et le concierge qui était resté là.

—Comment! vous voilà encore! Vous n'avez pas payé le fiacre?...

—J'attends l'argent..., dit-il, d'un ton finaud qui me parut désobligeant en présence du docteur.

Je lui remis dix francs pour payer le fiacre. Il me demanda:

—Faudra-t-il prendre là-dessus les deux petites courses que ma femme a déjà avancées à monsieur?...

—Prenez donc! lui dis-je en refermant la porte et retournant à mon malade.

Le papa devait se charger de porter lui-même l'ordonnance chez le pharmacien. Je poussais des soupirs: «Ça ne sera rien! ça ne sera rien!... une angine...» Mais lui, qui n'avait pas traversé mes inquiétudes, ne participait pas à ma détente heureuse. Et il me fallut revoir son teint bilieux pour me rappeler où nous en étions lorsque le docteur avait sonné. L'affaire du voyage Voulasne!... Mon mari poursuivant ses calculs,—que je ne me charge pas de reconstituer,—aboutissait à conclure que les Voulasne avaient très bien pu ne quitter Dinard que deux jours après réception de sa lettre; et il voulait me faire juge du cas. Moi, à qui l'on eût fait adopter tous les calculs du monde, je lui disais: «Mais, qu'importe? quelle importance cela peut-il avoir?» Je voyais bien qu'il avait un très gros souci et qu'il hésitait à me le confier.