Un soir, en rentrant, mon mari poussa un profond soupir et me dit:

—Enfin, ça y est! La transaction se fera.

Il était parvenu, à force de démarches, à se procurer la somme nécessaire, «par lambeaux», me dit-il, et dont le moindre lui coûterait fort cher. Mais le procès n'aurait pas lieu. D'ailleurs, il ne désespérait pas de pouvoir contracter, un jour ou l'autre, un «emprunt sérieux» et se débarrasser de ses petits prêteurs. Aussitôt libéré du plus gros danger, il eut même une crise d'optimisme; il entrevoyait déjà la possibilité, si quelque belle affaire survenait, de pouvoir conserver son appartement!...

N'empêche qu'il allait avoir à payer désormais en intérêts plus que le prix de son loyer. Mais il comptait toujours sur les Voulasne.

Nous étions tenus au courant des déplacements des Voulasne par Pipette, réfugiée chez sa sœur Isabelle, comme avant les vacances à Fontaine-l'Abbé, puisque les vacances à Fontaine-l'Abbé n'avaient point abouti à la marier. Les cartes postales des heureux voyageurs pleuvaient chez les Albéric: gentillesse paternelle? peut-être; ou taquinerie un peu cruelle, destinée à faire subir le supplice de Tantale aux trois «lâcheurs» qui, en effet, rongeaient leur frein non sans pester avec turbulence? Isabelle rejetait la responsabilité du voyage manqué sur Pipette. Si Pipette n'avait pas quitté le domicile de ses parents, ceux-ci n'auraient pas fait une pareille fugue sans les prévenir et sans les inviter!

—Non! répliquait Pipette, ils ne me reprochent point d'avoir quitté la maison, car depuis mon départ ils s'amusent davantage; c'est à vous qu'ils en veulent d'avoir été assez lâches pour aller à Fontaine-l'Abbé!...

—Nous, lâches d'avoir été à Fontaine-l'Abbé, s'écriait Isabelle, en fureur, quand on a consenti à s'y enterrer deux mois et demi pour essayer de marier mademoiselle!...

—Oh! pour ça, faisait Pipette, il aurait fallu d'abord m'avertir et me consulter. Je n'avais et je n'ai aucune envie de me marier.

—Eh bien! c'est gai.