—Aujourd'hui, me disait-il, les gens qui se moquent, se moquent à fond, sans plus croire à rien, même pas à leur moquerie qui n'est qu'un procédé, et dont on sent tout l'artifice et l'effort; quand notre race était plus pure ou la vie moins usée, si vous aimez mieux, le rire, avec toute sa malice, «châtiait les mœurs» et ne les détruisait pas... Ainsi, par exemple, ce n'est pas parce que je plaisante le dessus de cheminée, les tableaux et les meubles de ma bonne tante Du Toit, que je manque le moins du monde, en mon cœur, à vénérer cette très digne et excellente femme... Ce n'est pas parce que je n'aborde plus mon cousin Albéric sans lui glisser à l'oreille, comme une nouvelle sensationnelle: «On ne peut contenter tout le monde et son père!»—ce qui le met en fureur,—que je manque à mon affection très réelle pour ce brave garçon.
On aurait eu, en effet, bien du mal à garder son sérieux devant l'attitude d'Albéric chez sa mère. On eût juré qu'il rentrait d'escapade; il tendait le dos, garait ses oreilles comme un petit garçon, comptait à tout moment que madame Du Toit allait lui donner la fessée, publiquement, pour avoir découché. Et M. Juillet disait:
—C'est qu'il a l'air, aussi, le coquin, d'avoir introduit ici sa maîtresse!...
Tel était un peu, ma foi, l'effet que produisait la trop parfumée, la trop élégante Isabelle.
Je demandai à M. Juillet sa franche opinion sur le mariage d'Albéric:
—Mais, ce n'est pas son mariage qui est bête, disait-il, c'est lui! Et il rendra son mariage absurde à cause de son urbanité trop exquise. La petite Voulasne, mal élevée, ou pas élevée du tout, mais je parie qu'elle vaut la plupart des pimbêches que lui eût choisies ma tante Du Toit! et d'abord elle l'aime... Mais, ce qu'il fallait, c'était avoir le courage,—si courage il y a,—de tenir à distance les parents Voulasne...
—Vous en parlez à votre aise! répliquais-je à M. Juillet. Mais Isabelle aime infiniment ses parents! Elle a joué toute sa vie avec ses parents comme avec des camarades. Ses parents ne l'ont jamais grondée, jamais contrainte, jamais ennuyée: il y a un attachement tout particulier des jeunes filles mal élevées à leurs parents, c'est une espèce de complicité... Isabelle n'eût jamais consenti à s'éloigner de sa famille...
Je me souviens que nous fûmes interrompus par madame Du Toit, qui, nous voyant causer très attentivement, et à part, venait s'enquérir de ce qui nous absorbait à ce point. M. Juillet lui dit:
—Mais, ma tante, nous nous occupons de vos intérêts!...