—Monsieur Juillet, un écervelé!...

—C'est un homme incapable de faire son choix dans la vie. Avec les plus beaux dons naturels, après les études les plus brillantes, voilà un garçon qui refuse toute espèce de situation, qui s'adonne à des travaux personnels, très séduisants, paraît-il, moi je le veux bien, mais bien incertains quant aux avantages à venir... Est-ce un philosophe? un sociologue, comme on dit aujourd'hui? un essayiste?... un moraliste?... Tout cela implique encore un choix dans les idées, et vous oblige à prendre parti entre les idées qu'on a. Tout cela demande de la logique, de l'esprit de suite et au moins une certaine conformité entre les principes qu'on émet et la vie qu'on mène... Un moraliste! je vous demande un peu...

—Pourquoi monsieur Juillet ne serait-il pas un moraliste?

—Pourquoi monsieur Juillet ne serait pas un moraliste?... Mais, ma chère enfant, parce que monsieur Juillet est un... libertin!

Elle fit, en lâchant ce mot, des yeux de grand'mère courroucée, et rabattit d'un coup sec le petit fermoir de son sécateur.

J'étouffais; l'allusion encore une fois réitérée à ce libertinage me suffoquait. Je dus avoir le sang à la figure. Heureusement, l'attention de madame Du Toit était à ce moment à son neveu, non à moi. J'étais partagée entre le souci de m'informer et la peur d'apprendre.

A tout hasard, je répétai:

—Un libertin!...

—N'en disons pas davantage, fit madame Du Toit, pour ne point faire de médisances.