—Il faudrait...

Je voulais dire: «Il faudrait que nous ayons un moment de causerie.» Il me coupa, pressé sans doute par un bruit de pas dans l'escalier, et il dit:

—Oui, il faudrait pouvoir oublier!... Oh! un accès de démence!... Je ne me pardonnerai...

Quelqu'un, qui s'engageait dans l'escalier, l'empêcha de poursuivre.

Il tenait donc tant à oublier? Ce n'était pas, à moi, mon souci. Il pensait à se disculper. Moi, je ne songeais qu'à me charger davantage.

Nous arrivâmes au bas de l'escalier en disant des choses banales.

Il pouvait être sincère en croyant m'avoir offensée. C'était mon attitude et ma figure involontaires, au moment de sa déclaration, qui le lui avaient fait croire.

Fallait-il que j'en vinsse à lui dire: «On n'est pas offensé quand on aime?...»

Ce fut à ce moment-là que l'idée me vint de lui donner à lire le cher papier qui me suivait partout et que je tenais enfermé dans mon petit coffret de fer. Je le tirai du coffret, je le pliai une fois de plus pour en diminuer le volume, et je le portai dans mon corsage, sur la peau même, afin de le sentir. C'était mettre le comble à ma folie. Lui, s'accusait d'un accès de démence; mon accès, à moi, n'était pas isolé, il durait. Je portai ce papier deux jours sans trouver l'occasion de le remettre. Il me brûlait la poitrine; j'avais peur de le perdre, une envie grandissante de le donner et en même temps une lâche terreur de ce que je désirais faire. Je ne parle pas de pudeur ni de remords anticipé d'une faute possible: on sent trop, hélas! qu'au point où j'en étais venue, cela ne comptait pas pour moi.