—Vos prières, mademoiselle, dit l'abbé Moisan avec un geste conciliant, finiront par attirer l'attention du bon Dieu sur M. le marquis, et il le touchera de sa grâce. Tout s'arrange finalement. Ne disiez-vous pas, monsieur le marquis, que le scandale d'un divorce qu'on avait, hélas, redouté, serait épargné à nos fidèles populations tourangelles?
—Mais, dit le marquis, il n'est question de divorce que parmi les gens qui s'amusent de ces historiettes. Dans la famille de Grenaille, il ne se passera rien du tout...
—J'espère qu'on a pu éviter au mari, dit Mlle Cloque, la douleur d'apprendre?...
—On n'a rien évité. Le tort de la comtesse a été de crier trop fort les premiers jours, pour une malheureuse peccadille: une raie de lait! je vous demande un peu, une raie de lait!
—Et sur laquelle le coupable lui-même avait pris soin de «passer l'éponge»! dit le chanoine honoraire qui ne voyait que le plaisir de faire un mot.
Le marquis sourit; Mlle Cloque s'indigna:
—Comment! c'est vous, monsieur l'abbé, qui vous mettez à plaisanter aussi sur des choses qui intéressent l'honneur des familles! vous n'êtes pas ému par ces déplorables mœurs?
—En bon chrétien, dit-il, je suis plus touché par le pardon que par la faute, et il convient d'oublier la malheureuse pécheresse, en faveur du mari qui a absous...
—Peuh! dit le marquis, le mari n'était guère en position de faire le geste de l'absolution. On sut que sa migraine n'était que feinte et qu'il avait passé la journée en compagnie d'une demoiselle de l'Alcazar.
—Mais, c'est abominable! dit Mlle Cloque, cette famille-là est pourrie!