Cette gêne fut heureusement allégée par l'entrée de la femme de journée préposée à l'entretien de la salle. Elle ouvrit la porte rougie du poêle et y agita le charbon à l'aide d'une tige de fer. Elle alluma les quatre becs de gaz, en annonçant qu'il pleuvait. Chacun tourna la tête du côté de son parapluie.
Un bruit naquit aux environs de Mme Bézu. Il s'élargit aussitôt et s'enfla, pareil à ces nouvelles que chacun sait et dont personne n'ose parler le premier. Mlle Cloque le connaissait comme les autres, car elle se hâta de dire:
—Ce n'est pas vrai! c'est un cancan.
La veille, pendant la messe, à la chapelle provisoire—où Mlle Cloque retournait en vertu de sa sympathie pour les choses condamnées à périr—la chaisière lui avait insufflé dans l'oreille: «Faut bien vous dire ce qui est! Eh bien, la demoiselle à ces demoiselles Jouffroy a été à la chasse avec M. le comte et tout le tremblement. Paraît que ce n'est pas croyable, mademoiselle Cloque! Mais le pire, c'est que ces demoiselles,—que l'on dit,—l'ont laissée aller à cheval avec plus de trente messieurs et autant de militaires!... Moi, je n'y suis pour rien.»
Immédiatement une longue protestation s'unit à celle de Mlle Cloque.
—Que résulte-t-il de cela, dit Mme Chevillé, même en mettant les choses au pire? Que la jeune fille a été autorisée à suivre une chasse à courre. Évidemment elle y était accompagnée de plusieurs personnes de son sexe, et elle était sans doute confiée à la garde de Mme la comtesse.
—Madame, dit Mme Bézu, ce n'est pas possible, cela ne se fait pas. Une mère ne confie pas sa fille à une étrangère, surtout dans une partie de plaisir de cette sorte!
—Mais, dit Mlle Cloque, Mme la comtesse n'est pas une étrangère pour ces demoiselles.
—Enfin, vous, ma bonne, confieriez-vous votre nièce pour une chasse à courre?
—Oh! moi, moi, je suis peut-être un peu rigoriste sur ces questions-là... Et d'abord, j'aurais une bonne raison de refuser: c'est que Geneviève ne monte pas à cheval.