—Mlle Cloque, poursuivait Mme Bézu, a été encore la première à flétrir la pusillanimité de ces demoiselles qui, lors de la grande protestation du mois de juillet, se couvrirent de ridicule avec leur aveu d'un fonctionnaire du gouvernement caché dans leur famille, là-bas, à Grenoble.

—Permettez!... fit Mlle Cloque.

Mais Mme Bézu ne permettait plus rien; elle était lancée.

—Qui a tenu cachée, durant de longues années, l'existence de son propre frère fonctionnaire, peut à bon droit être soupçonné de receler d'autres flétrissures...

—Flétrissures! s'écria quelqu'un; mais, madame, il n'y a pas de flétrissures à avoir un frère fonctionnaire.

—De la Sainte-République! n'est-ce, pas? reprit Mme Bézu d'un ton sarcastique. Mais madame, ignorez-vous le rôle de propagandiste révolutionnaire que doit jouer, pour se maintenir en place, le plus petit percepteur des contributions?...

—Pardon! madame, vous ignorez sans doute que le frère de Mlles Jouffroy vient d'obtenir une fort belle situation? il est nommé receveur général...

—Ah?

—Mais!... s'il vous plaît!... prononcèrent en même temps plusieurs personnes que ce nouveau titre éblouissait.

Mme Bézu, comme les autres, était sensible à la sorte d'ahurissement que produit sur les cervelles l'évocation soudaine d'un personnage puissant, fût-il républicain. L'image imprévue du «haut fonctionnaire et jouissant d'un traitement de préfet...» lui coupa tous ses moyens.