—Elle m'était recommandée par le curé de Notre-Dame-la-Riche!

—Ta! ta! ta! nous savons ce que valent les recommandations des curés de paroisses; ils nous adressent sans cesse le rebut de leurs œuvres.

—La pauvre fille ainsi que son fils, sa bru et un petit enfant étaient dans la plus noire misère. Si vous les eussiez vus dans le taudis d'où on allait d'ailleurs les expulser, votre bon cœur...

—Ma chère amie, notre bon cœur c'est une autre affaire; il ne peut, malheureusement, exercer sa commisération sur toutes les détresses de ce monde. Il importe avant tout, pour le renom de notre Œuvre, que nos bienfaits ne s'égarent pas. La dignité de la vie et la rectitude des opinions doivent nous servir incessamment de guides dans le choix de nos protégés. Ce n'est pas à vous qui êtes si à cheval sur les principes, de condamner cette sévérité.

—Je comprends plutôt la sévérité envers les grands qu'envers les petits, dit Mlle Cloque.

Mais, elle n'osait blâmer absolument le langage de Mme Chevillé. Elle se souvenait d'avoir chassé la Pelet qui avait émis devant elle des opinions avancées.

—Ce qui est fait est fait, reprit Mme Chevillé. Mais il y a du nouveau...

—Du nouveau? interrogea toute tremblante, Mlle Cloque.

—Si vous l'ignorez, ma chère, c'est que vous continuez à être mal renseignée. Où donc vous informez-vous de ce qui se passe? Nous sommes averties de source certaine—mon Dieu, je puis bien vous le dire, c'est le Frère Gédéon qui nous a garanti le fait,—que M. Niort-Caen, pour l'appeler par son nom, victime d'un vol de la part de notre protégée, va déposer une plainte en police correctionnelle. Mme la comtesse a été volée, elle aussi; M. d'Aubrebie a avoué à Mme Pigeonneau qu'il avait été volé; enfin Mlles Jouffroy l'ont été. M. Niort-Caen n'a pas de ménagements à garder vis-à-vis de nous, et il a résolu de se plaindre. Nous verrons un de ces jours dans les journaux républicains: l'affaire de la protégée de l'Ouvroir! Qu'est-ce que vous dites de cela?

Mlle Cloque était atterrée. Par une étrange ironie du sort, ces dames soulevées contre elle à cause de son dogmatisme et de son intransigeance, choisissaient pour l'attaquer le seul fait où son dogmatisme et son intransigeance eussent été à demi tempérés par la pitié. Elle s'était séparée, il est vrai, de la Pelet reconnue indigne, mais elle n'avait pas osé lui nuire en la trahissant près des personnes qui la secouraient.