Et la question en resta sur ce détour qui voilait trop mal un terrible aveu. Chacune de leur côté, les deux malheureuses tremblaient, Geneviève épuisée du poids de son secret, prête à se rendre, secouée de l'ivresse de crier sa douleur; sa tante éperdue, affolée, terrorisée, par-dessus toutes les misères de cette journée néfaste, de découvrir l'horrible mal qui rongeait le cœur de la jeune fille. Mlle Cloque, levant les yeux—qui voyaient clair tout de même quand elle le voulait absolument,—surprit une larme qui coulait sur la joue de Geneviève tandis que ses lèvres se contractaient dans un effort de volonté acharnée.

Elle se leva.

—Il ne faut pas te faire mal comme cela, si tu as envie de pleurer, ma pauvre fille... Ce n'est pas de ta faute; mais nous sommes bien malheureuses!...

Alors Geneviève éclata.


[XIII]

[LES DEUX BLESSÉES]

La première question de Mlle Cloque, après le tumulte de cette scène, avait été:

—Mais pourquoi ne m'as-tu pas parlé?

—Tu crois que c'est facile! disait Geneviève; ça ne vient pas comme ça, je t'assure... Et puis, à quoi bon te donner encore des ennuis, puisqu'il n'y avait pas à revenir sur ce qui était fait? Je savais bien que c'était impossible, va; je comprenais bien toutes tes raisons; je ne t'ai jamais donné tort... Seulement j'avais espéré, oui, tout au fond de moi, j'avais espéré toujours que peut-être il comprendrait, lui, que nous n'étions pas faites pour son monde et que, s'il le voulait bien, nous pourrions vivre à part, lui et moi, avec toi, je ne sais où, je ne sais comment. Mais est-ce qu'il n'y a pas toujours moyen de s'arranger quand on y tient?...