—Ah! soupira Geneviève en soulevant les épaules, tu crois les gens bien généreux!

—Ma fille chérie, quand on a mon âge, vois-tu bien, on juge les gens et les choses autrement que dans la jeunesse. Je voudrais m'en aller de ce monde sans que personne pût me reprocher de lui avoir manqué gravement, et l'hostilité de ces deux sœurs, qui ont été si longtemps mes amies, m'est bien pénible... Je te prierai, si je ne peux pas les embrasser avant ma mort...

—Tante, dit Geneviève, avec impatience, je te supplie de ne pas me parler toujours comme si ta dernière heure était arrivée! Est-ce que ça a du bon sens? Tu ne te portes pas trop mal; tes jambes sont bien meilleures qu'il y a dix-huit mois!...

—Je sais que ces sujets-là ne sont pas gais, mon enfant, mais, c'est avec raison que je t'avertis parce que le Ciel m'a fait la grâce de m'avertir moi-même, afin que j'aie le temps de me bien préparer...

—Comment ça? fit Geneviève, souriant à demi.

—Ma Geneviève! il faut te dire que j'ai eu dernièrement une petite attaque...

Geneviève pâlit:

—Et tu ne m'as rien dit? tu ne m'as pas appelée?

—Cornet a dit tout de suite que c'était inutile, pour cette fois-là. Il m'a administré je ne sais quelle drogue qui m'a tellement secouée qu'en moins de huit jours j'étais debout. C'est à cause du tracas qu'a eu cette pauvre Mariette que je lui ai donné quelques jours de congé pour aller voir son fils. Si elle avait été ce matin à la maison, elle t'aurait tout raconté, malgré ma défense.

Geneviève était bouleversée. Mais elle voulut cacher son inquiétude: