—Vous dites que vous parlerez de moi au bon Dieu, n'est-ce pas?
Alors le rire atroce s'éleva plus haut et se continua un peu après que le balbutiement fut arrêté. L'œil se ferma un instant. Le marquis avait deviné ce qu'elle voulait dire. La tête retomba sur l'oreiller. M. d'Aubrebie s'enfuit dans le corridor.
Il faisait chaud. Cornet qui restait là, chassait avec un écran les mouches au vol alenti autour du visage immobile. Il maintenait ouvertes les deux fenêtres sur le jardin. Dans les moments de silence, le doux froissement des feuilles du catalpa éveillait aux oreilles de Geneviève de longues heures d'étés écoulés, et les grincements lointains de la scierie mécanique exaspéraient la confusion complète de tout son être. Elle ne pensait pas. Elle avait été trop secouée. Dans l'intervalle d'une heure à peine, elle avait approché de l'unique ivresse que son imagination et son cœur pussent concevoir; elle avait soutenu une lutte qui dépassait ses forces, et n'avait été sauvée que par la plus grande terreur. Ce fut dans cette première minute de calme, et abîmée aux pieds du petit calvaire, sur la nappe blanche, que l'idée lui vint: «Mais je suis maudite! Elle va mourir en me maudissant!... C'est, moi qui l'ai tuée!...»
Elle se traîna par terre sur les genoux en priant l'abbé, le docteur et son mari de sortir un moment parce qu'elle avait quelque chose à dire à sa tante toute seule.
—Ça n'a pas de bon sens, dit Giraud, de se mettre en des états pareils; tu vas te rendre malade et nous serons dans de beaux draps...
Il sortit cependant avec ces messieurs.
—Tante! tante! s'écria Geneviève, au bord du lit, tu sais qu'il n'y a rien eu! Je lui disais: «Allez-vous-en! allez-vous-en!» quand il m'a pris la main...
Mais Mlle Cloque ne parut pas comprendre. La circonstance qui l'avait foudroyée ne laissait pas de trace en sa mémoire.
Geneviève reprit:
—Je suis honnête, tante! Je suis une honnête femme!