Ces demoiselles se retranchèrent aussitôt derrière leurs autorités:

—Le Frère Gédéon, dirent-elles, vient de nous parler d'une façon, ma foi, fort sage...

—Le Frère Gédéon? interrompit Mlle Cloque, mais, mes bonnes amies, nous venons de le quitter, monsieur Houblon et moi; est-ce qu'il serait plus sage qu'il y a un quart d'heure?

—Toujours est-il, ma chère amie, que nous n'avons point entendu jusqu'ici de paroles si sensées, si mesurées, n'est ce pas, Hortense?

—Ah! çà, mais de quoi se mêle-t-il, le Frère Gédéon? Il ne nous a jamais donné son avis sur ces histoires!

—Le Frère Gédéon, insinua finement M. d'Aubrebie, est un garçon d'une excessive prudence: il trie son grain et le sème selon la convenance des terrains...

—Que voulez-vous dire? fit l'une des demoiselles Jouffroy?

—Rien du tout, Mademoiselle, continuez donc votre récit.

—Le Frère Gédéon nous disait tout simplement que c'était sur l'avis formel du Pape, que monseigneur l'Archevêque avait penché vers l'adoption du projet...

On s'exclama de nouveau. L'avis formel du Pape? Ah! par exemple! on ne s'attendait pas à celle-là! L'avis formel du pape! Mais qu'est-ce qu'il en savait, le Frère Gédéon? Est-ce que c'était à lui que Mgr Fripière était venu raconter ses entretiens avec Sa Sainteté? Ne dirait-on pas en vérité que le Frère Gédéon est à tu et à toi avec l'Archevêque; n'allait-on pas aussi bientôt apprendre qu'il mangeait à sa table?...