Mlle Cloque venait de faire construire un petit hangar formant abri au-dessus de la porte de la cuisine et pouvant contenir la provision de bois et une cage à poules. Il fallait bien tâcher d'améliorer cette maison, que cependant elle n'aimait guère, puisque les circonstances la contraignaient d'y faire un nouveau bail. Les frais d'un déménagement l'épouvantaient, car sa situation de fortune avait été aggravée par la conversion; et, à prix égal, si elle eût pu éviter un odieux voisinage, elle n'eût trouvé qu'un simple appartement, ce qui, aux yeux du monde qu'il faut ménager quand on a une jeune fille, eût été déchoir.

Hélas, les amitiés s'égrenaient une à une autour d'elle. Les esprits tournaient du côté du parti victorieux. La haute intransigeance de Mlle Cloque effrayait les âmes faibles, et jusqu'au sein même de l'Ouvroir, des défections inavouées étaient sensibles.

Elle passait les clous à Mariette pour qui c'était une joie que de suspendre sous l'appentis nouveau mille objets encombrants. Un bruit vint de la porte basse fermant le jardin sur la cour du plombier, et Mlle Cloque et sa bonne purent reconnaître à travers le treillage, une longue femme qui s'avançait, l'œil vif et le teint animé, méconnaissable; c'était la Pelet.

La Pelet venait chez Mlle Cloque avec autant d'aisance que si rien ne se fût passé entre elles, et bien qu'on ne l'eût plus revue depuis trois mois. Elle se mit aussitôt à parler sur un ton gaillard. Elle émettait les idées les plus décousues.

—Voulez-vous bien vous sauver! fit Mariette en brandissant le marteau qu'elle tenait à la main.

Mlle Cloque, charitable, allait implorer pour la pauvresse.

—Vous ne voyez pas, dit Mariette, qu'elle vient de chez Loupaing qui fête son élection? Ils l'ont fait boire; elle est saoûle comme une bourrique...

—Est-ce possible? soupira Mlle Cloque.

—Encore bien heureux si ce n'est pas lui qui l'envoie!...

—Oh!...