— Écoute, je suis celui qui te bâillonna jadis et qui te jeta en prison. J'espère que tu ne me feras pas de mal, à cause du temps écoulé et de mon repentir…
Joseph le regarda avec attendrissement et loua Dieu de ce que cet homme, après avoir péché, fût ramené au bien.
— Ce n'est pas tout, dit Moïse, tu avais plusieurs fiefs et je m'en suis emparé…
— Tout mon fief, dit Joseph, est en Notre-Seigneur.
Mais Moïse, ne pouvant croire à tant de désintéressement, résolut de le toucher avec adresse :
— Eh donc! dit-il, de Notre-Seigneur relevaient les pêcheries et les établissements qui florissaient au bord du Lac de Tibériade?…
— Arrête! Arrête! s'écria Joseph. Et il se prit le front dans la main. Le nom du Lac de Tibériade lui rappelait la douceur de vivre.
— En effet! dit-il, c'étaient de beaux établissements, et bien situés aux bas des pentes où mûrissaient les raisins, les figues et les olives ; et comme il était agréable de voir les barques chargées regagner le rivage à la tombée de la nuit!
Une larme vint au bord de sa paupière.
— Dire que j'avais eu tout cela pour rien! fit-il, quinze cents deniers! Cela valait le double!