— Par la Madone, dit-il, j'abandonnerai aujourd'hui la royauté de la priapée à mon excellent Franco, qui s'y exerça tantôt avec adresse dans le giron de mes plus belles amies, tandis que j'y fus, quant à moi, assez mal préparé en ouvrant la journée par la mise en langue vulgaire d'un des Psaumes de la pénitence…

Et, tandis que l'on riait à ces mots, il prit texte de l'un des versets sacrés pour échafauder une si scandaleuse nouvelle, que plusieurs des convives qui n'étaient point sujets à se montrer pudibonds en rougirent et s'en répétèrent mentalement les termes les plus frappants pour en éprouver l'effet sur les personnes de leur connaissance.

Un tumulte se fit, à ce moment, du côté des portes, et l'Arétin ne put dissimuler une émotion soudaine en reconnaissant son domestique Tommaso, qui revenait de l'expédition du Grand Canal en assez piteux appareil et soutenu par chaque bras, comme s'il allait défaillir.

Arétin se leva précipitamment :

— Tommaso, dit-il, as-tu accompli ta mission?

Tommaso fit signe que oui.

— Eh bien! je t'écoute, fit le maître avec impatience ; parleras-tu?

— Seigneur… balbutia Tommaso, et il chancela.

— Parle! par tous les diables! as-tu le nom?

Tommaso fit un violent effort, et il dit :