Cette consolation, dans le moment même que je lui disais que je perdais la raison, me fit éclater de rire et raviva ma colère.

Elle en fut blessée et me dit d'un air pincé:

—Vous n'êtes pas sérieux, décidément!

—Sérieux! raisonnable! Mais, est-ce que tout ce qui se passe a l'apparence d'être sérieux et raisonnable? Vous-même, Madame, en vous reconnaissant vaincue en ces affaires en avouez la monstruosité?

—Je ne sais pas! je ne sais rien! dit-elle, de grâce ne m'embrouillez pas davantage! Nous n'avons pas coutume, nous autres, d'éclaircir par nous-mêmes les affaires.

—Mais qui donc les dirige, au fait, ces affaires? fis-je, commençant à me ressaisir.

—Quoi? je ne vous comprends pas.

—Oui! je demande quel est l'instigateur de cette résistance effrénée, de cette opposition inhumaine? Car je fais l'honneur à M. Vitellier de le croire incapable d'une mesure aussi impitoyable. Ce n'est ni un père ni un ami qui maintient cette rigueur de fer. Il y a là-dessous une volonté tenace qui est plus forte que tous les principes de Monsieur votre mari; il y a une machination infernale à quoi nous obéissons tous ici, il me semble! Nous sommes tous courbés les uns devant les autres, à ce qu'il paraît: moi devant vous; vous, devant M. Vitellier; mais M. Vitellier, Madame, devant qui donc, s'il vous plaît, tient-il cette singulière posture? Car il la tient, je vous assure qu'il la tient!...

Mme Vitellier me regarda avec des yeux effarés qui soudain s'éclairèrent.

—Ah! fit-elle.