Les singes ont été signalés depuis longtemps dans l’Aïr, et Cortier en a aperçu et tiré un dans le sud du pays des Ifor’as [La Géographie, avril 1908, p. 278].

Par ses mammifères comme par ses plantes, la zone sahélienne est bien distincte du Sahara et se rattache au Soudan.

Quelques points méritent encore d’être signalés : on s’étonne de trouver des hippopotames dans des mares de moyenne étendue, comme celles de la région de Gourselik. Ce fait, déjà signalé par Barth, n’est pas douteux ; j’en ai vu des ossements, et les captures sont, paraît-il, assez fréquentes. Il pourrait être intéressant de voir si l’exiguité des mares qu’il habite n’a pas entraîné une modification de la taille de l’hippopotame. — Les rhinocéros, qui sont surtout de l’Afrique orientale, paraissent bien décidément venir jusqu’au Tchad ; le colonel Destenave est très affirmatif ; les indigènes des bords du lac craignent beaucoup la rencontre de cet animal dangereux souvent caché, paraît-il, dans les fourrés de roseaux.

La chasse. — Dans la zone sahélienne, surtout dans sa partie méridionale, le gros gibier est abondant et quelques tribus vivent de la chasse : les chasseurs forcent la girafe à cheval ; pour les antilopes et les mohor, ils sont assez patients pour ramper pendant des heures et les approcher d’assez près pour les tuer à la lance.

Au Sahara, les Touaregs forcent quelquefois l’adax à méhari ; mais la chasse existe à peine chez eux et est abandonnée aux plus pauvres. Vers la fin de la saison sèche, les plus miséreux distinguent une saison des pièges, pendant laquelle la seule ressource est, pour eux, la chasse à la gazelle.

Comme on ne peut songer à la forcer à la course, on emploie un piège formé d’une couronne tressée, à l’intérieur de laquelle sont fixées des tiges de bois dur : l’ensemble figure une sorte de roue sans moyeu ou plutôt d’entonnoir très surbaissé, d’une vingtaine de centimètres de diamètre. On pose ces pièges au-dessus d’un trou, la pointe en bas, aux points où fréquentent les gazelles, et si par hasard l’une d’elles pose le pied dessus, elle ne peut se débarrasser de cette couronne et est obligée de fuir en l’entraînant. Parfois un bâton, attaché au piège, le rend encore plus lourd. L’animal ainsi gêné dans sa course est facile à attraper.

Voinot a figuré un de ses pièges provenant d’Amdjid [Comité de l’Afrique Française, 1908, Supplém., p. 86] ; j’en ai vu de semblables à Tamanr’asset et sur les bords du Tchad. Ces derniers, destinés à la capture de plus grosses antilopes, avaient une quarantaine de centimètres de diamètre.

Dans le Sahara arabe comme aux compagnies de méharistes, le fusil est trop répandu pour que l’on ait recours à ces modes primitifs de chasse. Le gibier est en général assez abondant pour fournir un appoint sérieux pendant les marches ; à El Goléah, la viande de gazelle coûte moins cher que celle du mouton.

Les troupeaux. — Il y a peu de choses à dire sur les animaux domestiques du Sahara[145].

Chèvres et moutons. — Les chèvres et les moutons forment partout la masse principale du cheptel ; leurs types sont peu variés et sont les mêmes que dans le Sud algérien. Cependant au damman (Ovis longipes) ou mouton à poil, vient s’ajouter parfois le mouton à laine ; il y en a quelques-uns dans l’Ahaggar et aussi dans l’Adr’ar’ mauritanien et le Rio de Oro ; en tous cas, au Sahara, il est la très rare exception et une peau de mouton d’Algérie a semblé, aux habitants d’Iférouane, la chose la plus extraordinaire que l’on puisse voir. Ce n’est qu’au sud du Niger qu’il prend une certaine importance. Il donne une laine de médiocre qualité, très jarreuse ; la sélection parviendra probablement à l’améliorer ; mais il y a peu de temps que la question est étudiée ; en 1906, à Segou-Sikoro ce commerce était tout à fait à ses débuts : dès 1907, le haut Sénégal et Niger a pu exporter 500 tonnes de laine. Il semble que la question de la laine au Soudan peut devenir rapidement intéressante.