Dans la zone des ergs morts, les regs font à peu près complètement défaut : à l’ouest de Moa (100 kilomètres au nord-est de Zinder), on suit pendant quelques kilomètres une traînée de graviers, large d’une cinquantaine de mètres ; au nord de la mare de Tarka (à l’ouest du Damergou), quelques galets de latérite jalonnent peut-être un ancien cours d’eau. Au sud de l’Adr’ar’, dans la vallée du Télemsi, auprès de l’oued Idachi, quelques graviers de quartz et de quartzites indiquent un reg que recouvrent souvent les alluvions actuelles.

Ainsi donc le contraste est profond entre le Sahara et sa bordure soudanaise : le réseau hydrographique du nord bien tracé, mais fossile, n’a pas son équivalent dans le sud : les alluvions ont fait défaut dans presque toute la région des ergs morts ; malgré la sécheresse, le vent ne trouvait nulle part les matériaux qui lui sont nécessaires pour construire une dune : le sable libre était trop rare pour que les ergs puissent acquérir l’ampleur qu’on leur connaît dans le Sahara algérien.

On a souvent constaté que les dunes étaient de bons enregistreurs météorologiques ; elles indiquent nettement la direction du vent dominant dans le pays où elle se sont formées ; mais cet enregistrement n’est valable que pour l’époque où elles ont pris naissance : les dunes de Mauritanie le montrent fort nettement.

L’étude des ergs fossiles ne peut nous donner aucun renseignement sur le régime actuel des vents au Soudan, mais bien sur le régime qui régnait lorsque ce pays était un désert ; elle nous apprend qu’autrefois, comme de nos jours, les vents dominants venaient de l’est et du nord-est ; elle nous montre que le Tchad était un centre de haute pression et que, dans l’Azaouad, les vents venaient du sud. Les renseignements précis sont encore trop clairsemés pour que l’on puisse pousser bien loin l’examen de cette météorologie fossile.

Âge des ergs morts. — L’âge de ces ergs morts est impossible à fixer avec précision et sans doute n’est-il pas unique.

Dans la région de Tombouctou, les dunes fossiles recouvrent les couches quaternaires à marginelles ; comme il était probable, elles ne sont pas très anciennes ; j’ai indiqué que, sur le littoral de Mauritanie, ces dunes fossiles tracent les étapes successives du recul de la mer ; elles ne sont pas contemporaines les unes des autres ; les plus anciennes sont voisines du Tegant, les plus jeunes de l’Atlantique.

Les tombeaux berbères ne sont rares ni dans la région de Gao ni dans celle de Tahoua ; ils ne sont jamais ensablés et plusieurs d’entre eux sont bâtis au sommet de dunes fixées.

Les dunes fossiles sont plus jeunes que le Quaternaire marin de Tombouctou ; elles sont plus anciennes que les tombeaux berbères. Ces limites sont évidemment assez vagues, mais il importerait surtout d’être fixé de manière précise sur les relations chronologiques qui existent entre les oueds du Sahara et les ergs du Soudan : a priori en effet deux hypothèses se présentent : la période de vie des fleuves du tanezrouft est antérieure à l’établissement du désert au Soudan ou contemporaine de ce désert. Il serait probablement absurde de penser qu’elle a pu être postérieure.

Dans le premier cas, il faudrait admettre qu’après une période quaternaire humide, tout le nord de l’Afrique s’est desséché[175] et que le désert beaucoup plus étendu jadis que maintenant a perdu vers le sud tout le domaine des ergs morts : le Soudan aurait largement gagné sur le Sahara.

Dans la seconde hypothèse, nous aurions eu une simple migration du désert : au sud de la région qu’irriguaient l’Igharghar et la Saoura, région largement habitée dans les vallées par les néolithiques, s’étendait une zone sèche, le Sahara de l’époque.