74. — UNE CARAVANE APPORTANT LE MIL DANS LE POSTE DE TINCHAMANE.
Au fond, le minaret d’Agadez.
L’avenir. — Évidemment les choses humaines finissent toujours par se tasser, mais la crise sera dure, et toute cause d’appauvrissement de peuplades naturellement turbulentes constitue un danger pour la paix.
Sur les bords du Niger, l’agriculture se développe très rapidement et il faudra encore de longues années pour que tous les terrains exploitables soient mis en valeur ; l’avenir de l’élevage est aussi assuré dans ces régions.
Plus au nord, de même qu’entre le Niger et le Tchad, la situation se présente moins bien ; les cultures de l’Adr’ar’ des Ifor’as, celles de l’Ahaggar et aussi celles de l’Aïr peuvent devenir plus étendues, mais l’extension possible semble assez limitée ; les oasis de l’archipel touatien peuvent, en utilisant mieux leurs foggaras, en améliorant leurs procédés de cultures, en introduisant peut-être quelques plantes nouvelles, accroître légèrement leurs ressources. Il leur est dès maintenant difficile de mettre en valeur de nouvelles surfaces.
Il semble douteux que le Sahara central puisse jamais vivre sans les ressources étrangères qu’il puisait autrefois dans les pillages et dans la location de ses chameaux aux caravanes. Cette seconde ressource est la seule à encourager ; pendant quelques années encore, la voie du désert sera la moins coûteuse pour la région de Zinder et du Tchad, et il est à souhaiter que l’on arrive à détourner vers Gabès ou l’Algérie le trafic qui part actuellement de Malte et de Tripoli.
Ce trafic n’est pas considérable, mais il mérite cependant d’attirer l’attention.
Cette route de la Méditerranée au Centre africain par R’at et l’Aïr est encore assez vivante, et pour détourner une partie de son trafic vers l’Algérie et la Tunisie, le Tidikelt n’aurait qu’à reprendre ses anciennes traditions ; ce n’est que depuis le milieu du siècle dernier qu’il a abandonné cette route aux Azdjer.
L’abandon n’a d’ailleurs jamais été complet, et, chaque année, quelques indigènes du Tidikelt vont encore dans l’Aïr : mais le trafic est insignifiant et il ne passait guère qu’une dizaine de chameaux par an, ces années dernières. Il y avait encore, en 1905, dans le Damergou, à Djadjidouna, un habitant d’In Salah qui leur servait de dépositaire.
Il serait intéressant, maintenant que notre domination assure aux routes de l’Ahaggar une grande sécurité, de chercher à rendre un peu de vie à ces régions. Le regretté Dr Decorse, qui connaissait bien le Soudan, a posé nettement la question et le capitaine Dinaux en a fait une étude précise.