Quant au bétail, Posth l’estime beaucoup plus nombreux que les statistiques de Jean ; 400000 chèvres et moutons, et 60000 chameaux.
Les Kel Gress qui nomadisent surtout entre In Gall, Sokoto et Kano ne sont pas compris dans les statistiques précédentes. Ils tendent de plus en plus à s’installer avec leurs nombreux troupeaux dans le Tessaoua et le Gober ; ils ne paraissent plus à Agadez que pour les fêtes officielles ; ils y passent aussi pour aller chercher du sel et des dattes à Bilma.
Ils compteraient 46 tribus ; leur nombre serait d’environ 20000.
Quant aux Oulimminden de l’est, ce ne serait que depuis le XIVe ou le XVe siècle qu’ils auraient eu des rapports avec l’Aïr, rapports très lâches d’ailleurs et très intermittents. 7 à 8000 individus, partagés entre une dizaine de tribus qui nomadisent dans la région de Tahoua, payaient seuls l’impôt à Agadez ; l’autre fraction des Oulimminden forme une confédération indépendante qui habite surtout l’est de Gao et fréquente la région des mares de Menaka et de l’Azaouak, sous la direction de l’amenokal Fihroun ; Pasquier, dans un rapport resté inédit, donne la statistique suivante pour les Touaregs qui dépendant de Fihroun : Imochar (nobles), 350 tentes ; Imrad, 600 ; bellah, 900. Soit à peine 2000 hommes ; les Oulimminden, dépendant d’Agadez, formeraient à peu près la moitié du groupe.
Par sa position géographique et la pointe qu’il fait vers le nord au milieu des tanezrouft, l’Aïr a toujours eu une grande importance : les routes qui vont des États haoussas à la Méditerranée sont obligées d’y passer. Relativement au bassin du Niger, l’Adr’ar’ a une fonction analogue. L’originalité humaine de l’Aïr tient à une autre cause : les Touaregs qui l’habitent ne sont pas tous de vrais Touaregs ; la plupart des Kel Oui ne sont pas des Méditerranéens, mais des Haoussas. L’Aïr est probablement la région la plus septentrionale d’Afrique où vive actuellement, en liberté, à l’état spontané, un rameau des races noires.
Ces Touaregs blancs et ces Touaregs noirs sont d’ailleurs extrêmement mélangés ; toutefois les blancs se trouvent surtout dans les tribus qui dépendent du Sultan et qui vivent presque constamment dans l’Aïr, les noirs dominent dans les tribus de l’anastafidet qui sont en relations très suivies avec les États haoussas.
Cette dualité de races explique sans doute les guerres incessantes dont l’Aïr a été le théâtre ; elle explique aussi les demandes d’intervention qui se sont manifestées à maintes reprises à Zinder : c’est à la demande formelle des tribus noires et du sultan qu’Agadez a été occupé.
Les Touaregs blancs, les véritables nomades de l’Asbin, sont des éleveurs qui, vivant surtout de laitage, peuvent se passer de relations régulières et suivies avec les pays producteurs de mil. Leurs qualités guerrières leur permettaient d’ailleurs, en cas de disette, de trouver, par la force, dans le sud, le complément nécessaire.
Les Kel Oui, au contraire, sont peu guerriers ; on prétend dans l’Ahaggar que, pour aller chez eux, il suffit d’être armé d’un bâton : le guide qui nous avait amenés à Iférouane, en 1905, a profité de son passage dans ce village pour s’approvisionner de beaucoup de choses utiles ; la terreur que le nom de sa tribu inspirait à tous, lui a fait donner tout ce dont il avait besoin ; et, par crainte de représailles venant de lui ou de ses contribules, ce n’est que plusieurs jours après son départ, que j’ai été avisé de ses manœuvres. Les Kel Oui vivent surtout de commerce ; ils assurent le passage des caravanes jusqu’à Zinder et à Kano ; ils leur vendent des céréales et entreposent leurs marchandises. Pour eux, les bonnes relations avec le sud et la sécurité des routes sont des conditions nécessaires : on comprend qu’ils soient venus rapidement à nous ; la soumission des vrais Touaregs, qui ne gagnaient rien d’immédiat, a été plus difficile à obtenir.
[2]Haug, C. R. Ac. Sciences, 7 août 1905.