CHAPITRE I
LA PÉNÉPLAINE CENTRALE DU SAHARA
I. Constitution géologique. — Archéen. — Silurien. — Dévonien. — Carbonifère. — Extension des terrains anciens vers le Sud. Rebroussement des plis.
II. Les Régions. — Les Tanezrouft. Leurs points d’eau. — L’Ahaggar : Orographie. Hydrographie. Les villages. Les nomades. — L’Adr’ar’ des Ifor’as : Orographie. Hydrographie. Les villages. Les Ifor’as. — Adr’ar’ Tiguirit. — L’Aïr : Orographie. Hydrographie. Les villages. Histoire. Les habitants.
I. — CONSTITUTION GÉOLOGIQUE
La majeure partie du Sahara central est formée de terrains anciens, le plus souvent cristallins. Ces terrains ont été énergiquement plissés avant le dépôt des grès dévoniens, qui constituent les Tassili du nord. A cette époque reculée, ils formaient un massif montagneux qui, par son âge, se rapproche de celui dont les débris se retrouvent en Scandinavie et en Écosse et que, pour cette raison, on a appelé la chaîne calédonienne. Il est intéressant de constater la symétrie avec laquelle se sont groupés les grands accidents tectoniques de part et d’autre de la Méditerranée. Au nord les Alpes avec leurs annexes, au sud les plissements de l’Afrique mineure, datant du Tertiaire, la bordent immédiatement. A une distance un peu plus grande, la Bretagne, le Plateau Central, le Plateau Rhénan, la Bohême jalonnent les traces de la chaîne hercynienne, qui date de la fin des temps primaires : Flamand avait signalé, et Gautier a décrit (t. I) les plissements du même âge que l’on peut suivre du Tidikelt jusqu’au Maroc et au Sud-Algérien. Plus extérieure encore et enveloppant la précédente, se retrouve en Europe comme en Afrique les traces d’une chaîne de montagnes, datant de la fin du Silurien.
Malgré cette symétrie, il y a peut-être quelqu’inconvénient à donner un même nom, d’origine géographique, à des plissements aussi éloignés les uns des autres que ceux de l’Écosse et du Sahara : rien ne prouve jusqu’à présent qu’ils se raccordent.
On peut même observer[2] que, tandis que, au nord de la Méditerranée, la chaîne hercynienne et la chaîne calédonienne accusent, au moins sur une partie de leurs parcours, un certain parallélisme, il y a, dans le Sahara central, croisement plutôt que juxtaposition des plis antédévoniens et des plis carbonifères.
La région où les deux systèmes de plissements se rencontrent, au sud du Tidikelt et à l’ouest de la Saoura [t. I, [ p. 241] et [ p. 232]], paraît singulièrement compliquée. Si l’on ajoute que la stratigraphie du Sahara est encore trop mal connue pour que l’on puisse affirmer que les plis antédévoniens sont bien du même âge, au nord et au sud de la Méditerranée, on comprendra facilement que M. E. Suess (in litteris) soit d’avis d’employer, pour la région qui nous occupe, au lieu de système calédonien, le terme de plissements sahariens (ou saharides) qui a au moins l’avantage de ne rien préjuger.
Il est assez difficile de fixer l’âge de ces terrains cristallins d’une manière rigoureuse : de l’Ahnet au tassili des Azdjer, ils sont recouverts en discordance par les grès, restés horizontaux, du Dévonien inférieur. Plus au sud ils présentent les mêmes relations avec les plateaux gréseux, à peu près certainement dévoniens, qui s’étendent d’Achourat jusqu’au voisinage d’In Azaoua. Les seuls fossiles siluriens que l’on connaisse au Sahara sont des Graptolithes (Silurien supérieur) qui ont été trouvés en deux points[3], au Tindesset sur le versant S. du Tassili des Azdjer et à Hassi El Kheneg entre In Salah et le Mouidir. Malheureusement on ne sait rien de précis sur les conditions de gisement de ces fossiles ; leurs relations avec les terrains voisins sont inconnues.