Fig. 37. — Matankari ; au nord du poste. Au dernier plan, entre les plateaux, le col où passe la piste de Tougana.
Matankari est à quelques kilomètres en amont de Dogon Doutchi sur le dallol Maouri.
Cet Éocène moyen fossilifère de l’Afrique centrale est dès main tenant bien connu dans ses grandes lignes ; toute sa faune, par son caractère littoral, indique une mer peu profonde et cette considération bathymétrique explique l’absence de nummulites, absence qui ne présente aucune sorte de gravité ; les relations de cette mer avec les mers éocènes voisines sont plus obscures. La faune indique des affinités profondes avec le bassin de la Méditerranée ; il est bien vraisemblable aussi que les communications qui, pendant le Crétacé supérieur, reliaient cette mer à celle du Cameroun, persistaient encore à l’époque lutétienne. Mais la trace précise de ces bras de mer nous fait jusqu’à présent défaut : j’ai indiqué antérieurement que, au nord-ouest d’In Azaoua, sur les grès dévoniens du tassili Tan Tagrira, se trouvaient des grès d’aspect beaucoup plus jeune et qui pourraient être crétacés ou tertiaires ; les documents manquent pour suivre cette voie encore hypothétique vers le nord. Les calcaires à silex, sans fossiles, qui surtout vers l’est couronnent le Tadmaït, sont attribués par Rolland et Flamand à l’Éocène ; toutefois ce n’est que beaucoup plus au nord que l’Éocène est connu d’une manière authentique. Vers l’est, par Bilma, une communication avec le désert lybique est probable, de même que vers le sud avec le Cameroun et l’Atlantique par Gongola ; mais jusqu’à présent à Bilma comme à Gongola, le Crétacé seul est connu. Une communication vers l’ouest avec le Nummulitique du Sénégal est possible ; c’est une question qui sera mieux à sa place dans un chapitre ultérieur.
Fig. 38. — Grès du Niger.
Le Tondibi, sur la rive gauche du fleuve.
Les argiles bariolées qui, dans l’Adr’ar’ de Tahoua, sont recouvertes par les couches lutétiennes, ont, elles aussi, une grande extension ; mais l’absence de fossiles ne permet pas de les suivre avec autant de sécurité que les assises qui les surmontent.
Ces argiles se prolongent à l’ouest de Tahoua ; et, jusqu’à Niamey, on les voit à chaque étape, toutes les fois que l’érosion a fait disparaître le manteau latéritique qui couvre la haute plaine du Djerma : les figures consacrées à Kaouara, Dinkim, Matankari (fig. [36,] [37,] [41]), les photographies (Pl. [XII,] [XIV]) de Dogon Doutchi et d’Yéni montrent avec quelle netteté on peut suivre cette assise ; jusqu’au dallol Bosso (Sandiré-Yéni), on ne la perd pas de vue.
Une marche de 90 kilomètres sur un plateau couvert de latérites, parfois ensablé, mais en tout semblable à celui que l’on suit depuis Tahoua, permet de retrouver à Niamey une formation analogue. Lorsque l’on remonte le Niger, on voit très fréquemment sur les deux rives, au moins jusqu’à Bourem, des plateaux, hauts d’une trentaine de mètres au plus, couverts d’une nappe de latérite, et dont les flancs montrent des formations sédimentaires horizontales d’aspect jeune, formées d’ordinaire d’assises de couleurs claires souvent maculées de rouge. Les croquis (fig. [38] et [39]) montreront leur allure au Tondibi et au Kennadji. La photographie ([Pl. XIII]), prise à Niamey, permettra de voir quelques détails.
Un plateau tout semblable, le mont Asserarbhou de la carte au 2000000e du ministère des Colonies, justifie mal cette dénomination pompeuse : ce plateau a tout au plus 20 mètres de haut. Depuis le Niger jusqu’à mi-hauteur se montrent des argiles gréseuses blanches et violettes, surmontées de grès roses. Sur le couronnement, d’origine latéritique, s’élève le poste de Bourem. A quelques kilomètres au nord du poste, d’après les renseignements du lieutenant Barbeyrac, les calcaires à Linthia apparaissent à la surface du sol, au-dessus des argiles bariolées que l’on ne peut observer que dans les puits. Les relations stratigraphiques sont donc les mêmes que dans la région de Tahoua et cette similitude donne une certaine importance aux fossiles mal conservés que j’ai signalés à Ansongo.