Les terrains archéens forment quelques affleurements importants : El Eglab, à l’ouest du Touat, a été vu par Lenz et plus récemment par Mussel ; le volcan d’In Zize repose sur un socle de granite. L’Adr’ar’ des Ifor’as, les contreforts sud-ouest de la Coudia appartiennent en partie à la même formation. Vers l’est, du moins entre l’Ahaggar et l’Aïr, l’Archéen ne joue plus qu’un rôle subordonné et ne forme plus que des îlots peu étendus. Le sergent Lacombe a envoyé tout récemment au Muséum, des environs de Fachi (région de Bilma), des granites qui montrent que la pénéplaine ancienne, parfois recouverte par des sédiments récents, se continue vers le Tibesti. Dans la carte géologique, je n’ai pu marquer que peu d’Archéen en dehors de ma route : les descriptions d’itinéraire, quelque précises qu’elles soient à d’autres points de vue, ne permettent que bien rarement de pouvoir séparer l’Archéen du Silurien métamorphique.
Fig. 1. — Blocs de granite porphyroïde près du cimetière d’Iférouane (Aïr).
Fig. 2. — Archéen. Massif granitique sur la rive gauche de l’oued Tyout (nord de l’Aïr).
Quel que soit le pays où on les rencontre, les régions granitiques ont partout le même aspect (fig. [1] et [2]) : elles sont semées d’énormes blocs arrondis, souvent entassés en grand nombre : c’est ce qu’on appelle en France des « Chaos » et au Sahara des « Erouakib » (Nieger). (Pl. I, phot. [1] et [2]). La présence des dômes y est aussi fréquente (Pl. IV, [phot. 8]).
On a souvent observé, en Bretagne par exemple, que ces paysages granitiques font une impression de hautes montagnes, fût-ce au niveau de la mer ; l’illusion est peut-être encore plus forte au Sahara : en France il y a presque toujours un peu de terre entre les blocs et la végétation masque partiellement la roche ; au désert tout cela est à nu, les points de repère font défaut qui permettraient d’estimer les distances ; le mirage, presque journalier, surélève le moindre objet ; aussi, quoique partout les massifs archéens forment des mamelons bas et diffus dont les points culminants se dégagent à peine, la plupart sont appelés des Adr’ar’, comme s’ils étaient de véritables montagnes.
Silurien. — Entre ces massifs archéens, des terrains dont l’origine sédimentaire ne peut être contestée sont constitués par des strates le plus souvent verticales, bien parallèles, épaisses de quelques mètres, parfois de quelques décimètres.
On y trouve, en bandes alternantes et indéfiniment récurrentes, des gneiss, des micaschistes, des phyllades, plus rarement des quartzites, des cipolins et parfois des poudingues. J’ai observé à plusieurs reprises, dans les quartzites, des ripple-marks et des traces d’annélides (des tubes plus ou moins en U), notamment dans l’Adr’ar’ Ahnet et au sud de l’Aïr, près de Bidei. Toutes ces assises sont injectées de nombreuses roches éruptives.
Cet ensemble, qui joue un rôle très considérable au Sahara, m’a paru bien homogène ; tout au plus peut-on remarquer que, vers le nord, dans le Bled El Mass et l’Adr’ar’ Ahnet, le caractère cristallin est moins accentué que dans la majeure partie du désert ; autour des massifs archéens, les cipolins et les quartzites, rares ailleurs, deviennent abondants : les récifs à polypiers et les grès, forme première des cipolins et des quartzites, ne prennent naissance qu’à peu de distance des rivages et la distribution de ces sédiments est probablement une preuve que l’Archéen formait déjà un continent ou des îlots lors de leurs dépôts ; il y aurait discordance entre les deux terrains.